L'Herbu

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Le blog d'Alain Dubois, Saturnin Pojarski et Augustin Lunier

Le prix du mépris

Bernie Sanders, le 2 mars 2019

Bernie Sanders, le 2 mars 2019

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Le petit monde des médias français, qui n'a rien appris des élections présidentielles de 2016, pousse à nouveau des cris d'orfraie devant la "surprise" que constituerait le "coude à coude" de Trump et Biden, qui n'est que la conséquence du mépris pour le peuple des oligarchies au pouvoir aux USA comme en France.

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Hier soir, comme lors de toutes les semaines précédentes, tous les médias télévisuels et radiophoniques français prédisaient un raz de marée électoral pour Biden, s'appuyant pour ce faire sur les analyses de leurs "experts" invités, quasiment tous démocrates ou au moins hostiles à Trump, et sur des sondages. Ce faisant, ils répétaient la même erreur qu'en 2016, dont ils n'ont rien appris.

Dans l'entre-soi des rédactions, peuplées de bobos parisiens, il n'est pas même imaginable que le peuple américain n'ait pas "compris" en 4 ans que Trump était le mal absolu. Ils partagent à cet égard le mépris pour ce peuple, résumé par la formule de Hillary Clinton le 9 septembre 2016 à New York,  traitant la moitié des électeurs de Trump de "panier de pitoyables" (basket of deplorables). C'est que les "pauvres blancs" de la "rust belt", qui ont la faiblesse d'apprécier d'avoir retrouvé un boulot après des années de chômage, sont de méprisables sous-citoyens, comparables chez nous aux Gilets Jaunes que toute notre "gôche" s'est bien gardée de soutenir, même lorsqu'ils se faisaient éborgner, amputer et tuer par la police de l'Etat Français. 

Le soutien apporté par toute cette bande de "journalistes" à un candidat sénile, flanqué pour la vice-présidence d'une acolyte qui avait été rejetée massivement par les membres du parti démocrate lors des primaires, le rejet miraculeux et soudain lors de celles-ci de celui qui pendant quasiment toute la durée de celle-ci avait le soutien massif des militants, Bernie Sanders, s'il montre que l'appareil du parti démocrate, les Clinton, Obama et consorts, tout comme ceux des partis "de gôche" en France, continue de garder le contrôle de l'institution, ne suffit plus pour contrôler les citoyens, qui décidément ne font rien comme on  leur dit. 

Bien sûr, ce ne sont pas les présidents qui dirigent les USA. C'est le lobby militaro-industriel, à la solde des nantis. A cet égard, les différences entre Trump et Biden sont minimes. Mais les pantins qui représentent ce lobby sur les scènes publiques jouent un rôle important, ne serait-ce que dans l'acceptabilité par les gouvernés des mesures prises. Et à cet égard Trump et Bolsonaro ne sont pas pires que la bande d'incapables et de menteurs au pouvoir en France: tous sont aux ordres du capital international, et n'ont que mépris pour les peuples qu'ils gouvernent.

A cette heure, l'incertitude sur le résultat final de cette élection perdure. Quel que soit le dénouement, il ne résoudra rien. Comme en France, ce n'est pas du côté des partis institutionnels qu'il faut espérer une sortie de crise, mais dans la perspective de l'organisation de la classe ouvrière et de ses alliés sur le terrain de la lutte des classes. Si Trump et les siens tentent un coup d'Etat, la riposte ne pourra venir du système judiciaire américain, mais d'une mobilisation massive des travailleurs. Mais les temps ont bien changé en un siècle. Ce qui était possible en mars 1920 en Allemagne lors du putsch de Kapp, une grève générale massive faisant capoter celui-ci en quatre jours, reste-t-il possible en novembre 2020 aux USA? Il serait extraordinaire que l'AFL-CIO s'y résolve. Ce qui n'empêchera pas la poursuite de la radicalisation de la lutte des classes aux USA, particulièrement depuis l'affaire George Floyd, et la recherche par les masses de solutions à l'impasse où elles se trouvent - ce qui exigera de s'organiser, s'organiser et s'organiser.

 

Alain Dubois

4 novembre 2020

 

 

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Sur mediapart:

https://blogs.mediapart.fr/alaindubois/blog/041120/le-prix-du-mepris

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