L'Herbu

Le blog d'Alain Dubois, Saturnin Pojarski et Augustin Lunier

Elections pestilencielles

Une bonne lecture estivale

Une bonne lecture estivale

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Issue d’un double coup d’État, la 5e République de De Gaulle s’est vite transformée en « coup d’État permanent », selon l’expression de l’un de ceux qui y jouèrent à merveille le rôle de monarque. La déliquescence de ce régime a atteint un point tel que les prochaines élections mériteront plus la qualification de « pestilencielles » que de « présidentielles ». Comment se sortir de ce piège ?

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Le petit livre d’Edwy Plenel intitulé La démocratie n’est pas l’élection fournit un bon survol des raisons pour lesquelles la 5e République constitue une négation de démocratie et une forme moderne de monarchie ou plus exactement de bonapartisme. Les dernières années et les derniers mois nous en ont donné de nombreuses illustrations. Ce n’est pas un phénomène nouveau. Lors des précédentes « élections présidentielles », de décembre 2021 à avril 2022, une campagne pour le boycott de celles-ci avait été menée par quelques associations et militants, sur les mots d’ordre suivants : « Il nous faut une République digne du suffrage universel ! Reposant sur la participation populaire, à tous les niveaux, avec un vrai pouvoir législatif ! » et « Boycott constituant des présidentielles, en retirant toute légitimité à l’élu(e), ouvrons la crise de ce régime. Place aux luttes sociales, place à un processus constituant maîtrisé par toutes et tous : telle est la perspective. » Bien que, comme souvent dans de tels cas, aucun bilan public n’en ait été tiré, cette initiative aboutit à un échec total, au point que fort peu d’électeurs et électrices potentiels en furent même informés ! Il est vrai que cette démarche consistait en fait non pas en un appel à un boycott réel, ce qui aurait exigé des forces organisationnelles et militantes qui faisaient défaut, mais un simple appel au vote blanc. Est-ce à dire que l’orientation de cette campagne était erronée ? On peut largement en douter, mais il est clair que celle-ci n’aurait pu être un succès qu’en s’appuyant sur des mobilisations militantes à tous les niveaux dans toute la France, et pas seulement sur une action de type « propagandiste ».

La situation a-t-elle changé à cet égard aujourd’hui ? Oui : pour tous les démocrates, pour tous ceux attachés à l’État de Droit, aux valeurs traditionnellement portées par le mouvement ouvrier et la « gauche », elle a largement empiré, et donne lieu à juste titre à une profonde inquiétude. Une partie de celle-ci est due à l’état de déliquescence avancée de ce qui a longtemps considéré comme un « camp » bien défini, celui de « la gauche ». Les prises de position et actions largement incompatibles des organisations démocratiques et syndicales qui s’expriment depuis des années, que ce soit sur les questions internationales (notamment mais pas seulement concernant les conflits d’Ukraine, de Palestine et d’Iran), ou sur de nombreuses questions politiques, économiques et sociales « françaises », posent des problèmes de fonds qui ne pourront être surmontés en les ignorant pour faire face au besoin urgent de « barrer la route au fascisme », comme l’ont montré les expériences de la NUPES et plus encore du NFP.

Aujourd’hui, aucun de ceux qui prônaient le « boycott constituant » en 2022 n’en parlent plus. Leur orientation actuelle est celle de regrouper les forces populaires et militantes pour « imposer » aux organisations dites « de gauche » une candidature unique face aux forces réactionnaires. Or, tout comme pour le mot d’ordre du boycott, une telle rupture avec la politique actuelle de division des partis et syndicats, ne pourra être imposée par une approche propagandiste, mais ne sera possible qu’en s’appuyant sur de fortes mobilisations et mesures organisationnelles populaires à tous les niveaux. La situation politique, économique, sociale et écologique catastrophique à laquelle les travailleurs sont aujourd’hui confrontés fournit certes de bonnes bases pour de telles mobilisations, mais alors, pourquoi se donner pour objectif un(e) candidat(e) unique pour cette présidentielle, au lieu de reprendre le mot d’ordre de boycott de ces élections ? Ne pas se donner cet objectif revient une fois de plus à entretenir les illusions sur la nature « démocratique » de ces élections et du pouvoir qui en résultera. Et quand bien même le programme sur lequel cette candidature s’appuierait serait un programme de rupture avec la 5e, l’élu(e) serait confronté(e) à la Constitution de la 5e, s’appuyant sur ses multiples relais à tous les niveaux dans notre société, qui ne se « laisserait pas faire » sans réagir. On en a connu, ces dernières décennies, des candidats à la « fonction suprême » de la 5e, et qui une fois élus furent des zélés serviteurs de celle-ci. Faire dépendre le combat pour une nouvelle Constituante, qui est un besoin vital, du résultat d’une présidentielle de la 5e, est une contradiction interne qu’il sera difficile de faire comprendre aux électeurs. Il en irait différemment lors d’élections législatives, mais notons que lors des dernières qui ont eu lieu le mot d’ordre peu mentionné de la Constituante n’a pas été déterminant.

 

Alain Dubois

7 juillet 2026

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