Le blog d'Alain Dubois, Saturnin Pojarski et Augustin Lunier
24 Juillet 2026
Les incendies géants en cours en France n’ont rien d’étonnant. Ils font partie des prévisions de la communauté scientifique depuis des décennies, qu’aucun État de la planète n’a prises au sérieux. Il est plus que temps de se débarrasser des gouvernants actuels et du système capitaliste qu’ils servent avant l’effondrement civilisationnel local puis global auquel ils vont contribuer.
« Google » présente le Cap Ferret comme suit : « Situé sur un cap parsemé de pins et offrant une vue sur la célèbre dune du Pilat qui se trouve de l’autre côté du bassin d’Arcachon, Cap Ferret est un village résidentiel chic qui comprend des plages de baignade et de surf telles que la plage de l’Horizon. Des expositions de cartographie sont proposées au sein du phare du cap Ferret. Des bars à l’ambiance détendue et des restaurants de poissons et fruits de mer en plein air sont installés dans les rues paisibles bordées de maisons de pêcheurs et de ports ostréicoles pittoresques. »
Quelle description idyllique ! Que les habitants de cette zone « résidentielle chic » doivent être heureux d’y vivre. Et quelle doit être leur colère aujourd’hui ? Envisageraient-ils de tenir l’État, le gouvernement pour responsable de ce qui se produit aujourd’hui ? Y aura-t-il une insurrection des riches contre les responsables de cette situation ?
Ce matin à 6 h 11, sous la plume de Louis San et Marianne Leroux, France Info publiait ce billet : « La préfecture de Gironde a ordonné, vendredi 24 juillet, l’évacuation “de l’ensemble de la presqu’île” du Cap-Ferret, quelques jours après avoir donné l’ordre pour cinq villages de cette zone très touristique. L’incendie, qui s’est déclaré mercredi au nord du bassin d’Arcachon, a parcouru plus de 8700 hectares, une surface qui a presque doublé dans la nuit de jeudi à vendredi. Face à l’avancée du feu, la préfecture a ordonné “l'évacuation progressive de l’ensemble de la presqu’île du Bassin d’Arcachon, village après village, de Claouey jusqu’à la pointe du Cap-Ferret”, a-t-elle fait savoir dans un communiqué diffusé vers 8 heures. »
En ce milieu d’après-midi, ce sont près de 60.000 personnes qui ont été évacuées de cette zone, ce qui est sans exemple en France, et ce nombre va encore augmenter.
Si l’on en croit nos gouvernants, nul n’aurait pu prévoir de tels événements, qui ne se limitent pas à cette zone mais touchent l’ensemble de la France, de l’Europe, de la planète. Mais au fait, n’y en a-t-il pas eu, des mises en garde par des lanceurs d’alerte, des articles scientifiques, des rapports de GIEC, des réunions internationales, des déclarations pathétiques de COP, qui annonçaient des événements de ce type, même si bien sûr nul ne pouvait prédire leur déroulement dans le détail ?
Ces alertes expliquaient que ces catastrophes étaient « d’origine anthropique », c’est-à-dire liées aux activités humaines. Mais au fait, de quelles activités s’agit-il ? D’activités individuelles, comme jeter des mégots depuis des voitures ou laisser couler l’eau quand on se lave les dents ? Ou d’activités collectives, comme l’extraction et la combustion de biodiversité fossile (charbon, pétrole), la pollution massive des eaux, des sols et des airs par des molécules pathogènes, la destruction accélérée de la biodiversité actuelle, etc.
Aujourd’hui, l’État, représenté par ses préfets, a décidé de durcir les peines pour les individus jugés responsables de certains départs de feu. Envisage-t-il de faire de même pour les gouvernants qui ont laissé cette situation s’instaurer, non seulement en ne mettant pas en œuvre réellement les « engagements » de réduction des émissions de gaz à effet de serre pris lors des COP, mais encore en ne préparant pas l’« adaptation » et la « résilience » face à la catastrophe quand elle arrive, que ce soit par exemple en gérant autrement les forêts comme le demandent depuis longtemps les scientifiques mais aussi par exemple en créant une flotte aérienne suffisante pour agir efficacement contre les incendies, alors que notre pays produit des multitudes d’avions de guerre [1] ? Ces responsables seront-ils jugés ?
Les mégots et les pyromanes ont bon dos : ils permettent d’exonérer l’État, les industriels, les actionnaires, de leurs responsabilités en matière de gestion de l’environnement. Mégots ou pas mégots, des milliers d’hectares de forêts disparaîtraient-ils chaque année dans le monde entier si celles-ci n’étaient en déficit hydrique chronique ?
Bien entendu, ce constat n’est pas limité à la France, ce qui ne diminue en rien les responsabilités de nos gouvernants.
S’agit-il d’infléchir nos comportements individuels, en répétant qu’« on a tous un rôle à jouer », ou de modifier la société dans son ensemble ? La question qui se pose à l’humanité aujourd’hui n’est pas une question d’information, celle-ci est disponible. Ce n’est pas une question de pédagogie vis-à-vis des « citoyens », qui sont écartés de toutes les décisions significatives. C’est une question de pouvoir. Il s’agit de sortir du système économico-politique responsable de la situation, c’est-à-dire du capitalisme. Faute de quoi les catastrophes vont se multiplier, dans tous les domaines : incendies certes, mais aussi inondations, déficit hydrique, pollutions, effondrement de la biodiversité, conséquences de ces désastres sur l’alimentation et la santé humaine, etc.
Pour l’instant ces divers désastres sont en grande partie séparés les uns des autres, même s’il interagissent de plus en plus. Lorsqu’ils vont finir par se combiner, se coaguler, l’échelle des destructions va changer. C’est l’ensemble des sociétés humaines de la planète et de leurs réseaux économiques, de communication, d’alimentation, de santé, etc., qui deviendront susceptibles de s’effondrer, comme un château de cartes, et à ce stade-là il n’y aura pas de retour en arrière.
Alain Dubois
24 juillet 2026
[1] Erwan Manac’h, Fanny Marlier et NnoMan Cadoret. 22 juillet 2026. « Jean-Luc Mélenchon : ‘Une nouvelle gauche d’action a surgi, elle est faite d’insoumis et de verts, tous écologistes’.» <Reporterre.net>.