L'Herbu

Le blog d'Alain Dubois, Saturnin Pojarski et Augustin Lunier

Louis Dubois (1896‒1944)

Louis Dubois

Louis Dubois

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Dans ce texte consacré à mon grand-père, je me propose de reconstituer autant que faire se peut quelques événements de sa vie, notamment concernant son exécution sommaire par les occupants nazis en 1944.

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Pépé Louis

Pierre et moi avions deux grands-pères qui avaient fait la guerre de 14 : pépé Camille, instituteur et directeur d’école à la retraite à Sury-le-Comtal, entre Saint-Étienne et Montbrison dans le Forez ; et pépé Louis, qui tenait l’hôtel du Mont-Blanc à Marignier, entre Bonneville et Cluses dans la vallée de l’Arve. Sauf que pépé Louis, nous ne l’avons connu qu’à travers quelques photos et récits, car il avait été assassiné en 1944 par les nazis, peu avant la fin de la deuxième guerre mondiale.

Louis Dubois était apparemment un personnage haut en couleur, fort connu dans le village de Marignier et en tout cas un véritable mythe pour notre famille. Les récits le concernant, nous les avons entendus pendant notre enfance et adolescence, surtout de la bouche de notre père Jacques, de sa sœur Paulette et de sa mère Gueïte, notre grand-mère.

Les récits qui me restent en mémoire aujourd’hui, alors que j’ai 78 ans, sont évidemment très parcellaires, d’autant plus que je n’ai guère écrit à ce sujet, malgré les milliers de pages que j’ai noircies. Ils sont en partie complémentaires, mais parfois légèrement discordants, par rapport aux quelques textes que j’ai pu trouver sur le net, notamment sur les sites du « Maitron » et du « Souvenir Français » [1].

Selon le Maitron, Louis Ernest Dubois était né le 19 avril 1896 à Thyez (Haute-Savoie), mais ce site ne dit rien de ses jeunes années. Son fichier militaire [2] indique qu’en 1923 il s’est installé comme boucher à Sallanches, en Haute-Savoie. C’est là qu’est né en 1924 celui qui devait devenir notre père. Il s’agissait de son deuxième enfant après sa fille Paulette, et bien avant la naissance de son deuxième fils Claude (Coco). C’est donc plus tôt qu’il avait épousé Gueïte (Marguerite Béné). Je n’ai pas souvenir qu’on m’ait jamais dit pour quelle raison pépé Louis abandonna le beau métier de boucher [3] pour aller s’installer, selon son fichier militaire, en 1928 à Combloux en Haute-Savoie, où Louis était « hôtelier », puis en 1933 à Roanne dans la Loire, tout près du pont sur le fleuve, où il exerça le même métier. En 1934, la famille s’établit à Lyon, où Louis fut enregistré comme « cafetier » et de là ils retournèrent en Haute-Savoie en 1935.

Un seul récit sur cette période de sa vie nous a été transmis par notre père, qui était encore petit enfant. Il concerne le chien Kiki que Louis et sa femme possédaient à Roanne. C’était un chien blanc, qui du coup se salissait facilement. De temps en temps, on lui faisait prendre un bain, on le savonnait, on le chiffonnait, et bien sûr il n’aimait pas ça : à peine libéré, il courait sur les quais de la Loire, où étaient entreposés des tas de charbon. Il s’y roulait et en revenait plus sale qu’il n’était parti.

 

Notes

[1] Outre la mémoire et les archives familiales, j’ai utilisé trois sources en ligne principales pour ces informations. (1) Le site « Les fusillés 1940-1944 » <https://fusilles-40-44.maitron.fr/> présente 31600 notices tirées de 4300 biographies publiées par les Éditions de l’Atelier dans le Dictionnaire des fusillés et exécutés par condamnation et comme otages (1940-1944), aujourd’hui épuisé. Ces textes ont été rédigés par des historiens comme Jean Maitron, fondateur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier (Éditions de l’Atelier), ses collaborateurs et successeurs de l’association « Pour un Maitron des Fusillés et Exécutés (PMFE) » (président actuel Claude Pennetier). Ce site présente des informations assez détaillées sur les exécutions sommaires de Vieugy du 15 juin au 18 août 1944. (2) Le site « Le Souvenir Français, Délégation de la Haute-Savoie (74) » <http://souvenir74.fr/>, sous la responsabilité du « Comité haut-savoyard des Associations de Mémoire de la Résistance et de la Déportation (CRD.74) » (présidente actuelle Jacqueline Néplaz-Bouvet) donne des informations complémentaires et des images du monument commémoratif de 1948 consacré aux 40 fusillés de Vieugy. (3) Enfin, le site de l’« Association Nationale des Familles de Fusillés et Massacrés de la Résistance Française et ses Amis » (ANF) <http://familles-de-fusilles.com/> présente un « Hommage aux fusillés de Vieugy (2013) ».

[2] Téléchargé à partir de <https://www.filae.com/?tracking_type=adwords&campaignId=407095174&adGroupId=1351300313357987&campaignType=search&keyword=filae&matchType=e&msclkid=45644fc9dd6113ebead025da28b50153&utm_source=bing&utm_medium=cpc&utm_campaign=SN-Google-Filae-Brandname&utm_term=filae&utm_content=Filae%20(Exact)>.

[3] Pour moi, boucher est un métier admirable, car la découpe d’un animal, mammifère ou oiseau, exige des connaissances d’anatomie et des gestes précis, quoique souvent vigoureux : il faut connaître les muscles, les os, les tendons, les articulations, pour découper l’animal de manière plus ou moins « naturelle » et produire des morceaux identifiés et plus faciles à bien cuisiner. Je m’en suis rendu compte dès mes premiers voyages en Asie, et notamment au Népal, où j’ai passé plus d’un an dans les années 1970, puis dans d’autres pays d’Asie et d’Afrique, où la viande est souvent préparée de manière très différente, donnant l’impression que l’animal est découpé en tranches, depuis le bout de la tête jusqu’à l’extrémité de la queue, comme on ferait d’une baguette, comme s’il n’y avait pas d’anatomie, d’articulations, d’endroits plus adéquats pour mettre le couteau, ce qui fait qu’on a parfois des morceaux très étranges, pour nous, dans l’assiette ou le bol. Je n’ai pas d’explication pour cette manière de découper la viande, mais il doit y en avoir une : c’est peut-être tout simplement que la viande est simplement bouillie, pas vraiment « cuisinée ». Cette possibilité n’est pas limitée aux pays tropicaux : les spectateurs attentifs du film prémonitoire Soleil vert de 1973 remarquaient que dans cette fiction dystopique où la nourriture disponible pour les humains était très réduite, et consistait surtout en chair humaine transformée, le héros qui découvre un superbe morceau de viande de bœuf saignante dans le réfrigérateur d’un dirigeant privilégié de New York le fait bouillir, ce qui traduit une inculture culinaire étonnante pour qui n’a jamais été aux USA !

 

 

Le pont de la Loire à Roanne

Le pont de la Loire à Roanne

L’hôtel du Mont-Blanc à Marignier, où Louis devint hôtelier (« maître d’hôtel » selon son fichier militaire), avait été construit peu de temps auparavant par ses parents Édouard et Berthe Béné (la Gangan) à quelques kilomètres de son village natal, dans la superbe région de la Haute-Savoie. Celle-ci était loin alors d’être aussi touristique qu’elle l’est devenue avec le ski, les sports d’hiver, etc. Ceux qui y pratiquaient alors le ski n’étaient pas des touristes ou des « classes de neige », mais des habitants de la région, pour qui c’était le moyen le plus pratique de déplacement en cas de neige abondante, et papa m’avait dit que cela lui arrivait parfois pour aller à l’école. Cet hôtel du Mont-Blanc, Pierre et moi l’avons bien connu, puisque dans notre enfance on y allait en vacances chaque été. Il n’était plus tenu alors, évidemment, par Louis et Gueïte, mais par leur fille Paulette et son mari Pierre Cressier.

Louis Dubois (en haut à droite) et sa famille proche (sa mère la Gangan au milieu, sa femme Gueïte et leurs enfants Paulette et Jacques à droite).

Louis Dubois (en haut à droite) et sa famille proche (sa mère la Gangan au milieu, sa femme Gueïte et leurs enfants Paulette et Jacques à droite).

Quatre générations de femmes : la Gangan (en bas à gauche), sa fille Gueïte, épouse de pépé Louis (en bas à droite), Paulette, la fille de ces derniers (en haut), et Lison, la fille de celle-ci (en bas au centre).

Quatre générations de femmes : la Gangan (en bas à gauche), sa fille Gueïte, épouse de pépé Louis (en bas à droite), Paulette, la fille de ces derniers (en haut), et Lison, la fille de celle-ci (en bas au centre).

Louis Dubois, très vite, devint une personnalité dans ce village de Marignier, qui compte actuellement environ 6500 habitants. Dans les récits que j’en ai retenus, il était d’un contact facile et agréable. Il pratiquait diverses activités collectives et y exerçait des responsabilités. Il jouait de plusieurs instruments de musique, notamment du saxophone (que son fils pratiqua également à sa suite), et était directeur de l’harmonie de Marignier. À ce titre, il s’était vu décerner en 1939 la « médaille d’honneur des sociétés musicales et chorales ». Il était président du club de boule lyonnaise, et peut-être aussi du club de foot. Il allait à la pêche à la truite dans les rivières et torrents de la région.

C’était aussi un personnage un peu provocateur, qui aimait attirer l’attention, comme l’illustre un récit qui me reste le concernant.

Cela se passa lors du passage d’un cirque ambulant à Marignier. À l’instar de bien d’autres à l’époque, ce cirque voyageait de village en village, faisant une ou quelques représentations, puis démontant les tentes et repartant, comme dans les films de Fellini. Comme bien d’autres aussi, ce cirque possédait des animaux, et avait, bien entendu, inévitable à l’époque où la notion de « bien-être animal » n’existait pas, une cage avec des lions et peut-être d’autres fauves. Sur la piste du cirque encerclée de grilles, ces lions, comme de juste, étaient perchés sur des sortes de demi-tonneaux renversés, devant lesquels le dompteur se dressait et faisait claquer son fouet, tandis que le fauve rugissait et levait la patte, griffes sorties, numéro incontournable et très au point.

Et puis il y avait un moment très important dans le spectacle, où le dompteur invitait un spectateur dans le chapiteau à pénétrer dans la cage avec lui pour faire une partie de belote. J’imagine que cette partie de belote ne devait pas durer très longtemps, mais en tout cas, quand il a demandé qui était volontaire pour le faire, ce fut Louis Dubois qui entra dans la cage. Évidemment, tout s’était bien passé, mais tous les spectateurs étaient très effrayés, et il était devenu une sorte de héros, du moins dans la famille. Cet épisode du moins suggère qu’il était homme à faire confiance à autrui, en l’occurrence le dompteur

A mon grand regret, je n’ai jamais eu d’information, ou je n’en ai pas retenu, sur ce qu’a pensé et fait pépé Louis lors du Front Populaire et la Grève Générale de 36, qui ont été ou auraient dû être une vraie école de politique pour leurs contemporains ‒ comme celle de 68, la dernière qui eut lieu en France, le fut pour les gens de ma génération. Bien plus que les imprécations et la lutte idéologique souvent stérile « contre le fascisme », cette Grève Générale, s’appuyant sur l’unité des travailleurs et de leurs organisations, même ayant des différences significatives en matière d’analyses politiques et de programmes (« marcher séparément, frapper ensemble ») [4], réussit en France à barrer (provisoirement) la route au fascisme, contrairement à ce qui s’était passé en Allemagne où l’affrontement entre les socio-démocrates et les staliniens fut la principale raison de la prise du pouvoir par les nazis en 1933. Nous ignorons aussi ce que pépé Louis pensa du pacte germano-soviétique, tache sombre indélébile de l’histoire du mouvement ouvrier. Tout cela est d’importance concernant quelqu’un qui fut une victime directe du fascisme ‒ et ces leçons sont redevenues de pleine actualité aujourd’hui.

 

La deuxième guerre de 30 ans

Quelques auteurs dont Jean-Marc Royer dans plusieurs de ses textes reprennent une formule attribuée au général de Gaulle lors d’un discours du 17 septembre 1941 à la radio de Londres, qualifiant assez justement la période1914‒1945, qui tua environ 81 millions de personnes (environ 19 millions en 1914‒1918 puis 62 millions en 1939‒1945) et aboutit à la fin de la domination de l’Europe sur le monde, de « deuxième guerre de 30 ans » ‒ après celle de 1618‒1648, qui « n’avait fait » qu’environ 8 millions de morts. Beaucoup de personnes ont vécu les deux « guerres mondiales » qui s’y sont déroulées.

 

Note

[4] Voir à ce sujet : Léon Trotsky, Contre le fascisme, 1922‒1940, Éditions Syllepse, 2015 ; Adrien Bidaud-Bonot, « Vaincre le fascisme : la stratégie du ‘front unique ouvrier’, d’hier à aujourd’hui », Le Club de Mediapart, 19 janvier 1924, <https://blogs.mediapart.fr/adrien-bidaud-bonod/blog/190124/vaincre-le-fascisme-la-strategie-du-front-unique-ouvrier-d-hier-aujourd-hui>.

 

La chair à canon

La chair à canon

Pépé Louis comme pépé Camille avaient fait la « der des ders », les tranchées, l’horreur indicible et inoubliable qui ouvrit le siècle de Verdun, des camps et de la bombe atomique. Je ne pense pas qu’ils purent se rencontrer, bien que leurs enfants fussent fiancés, avant l’assassinat du premier, mais s’ils le firent il est probable qu’ils se trouvèrent de vrais terrains d’entente. Ils étaient tous les deux revenus des tranchées avec une haine définitive de la guerre et de tous leurs responsables, avant tout les riches, les « marchands de canons », les « capitalistes » ‒ qu’on n’appelait pas encore à l’époque « les spéculateurs » ‒ et leurs complices et obligés. Pépé Camille disait souvent qu’ils n’avaient pas été des combattants de la guerre de 14, mais des « combattus », et qu’ils n’étaient pas morts pour la France, mais pour la liberté. Peu de temps avant sa mort, alors que nous étions dans le jardin de sa maison de Sury, il me raconta comment, lors de la dernière nuit de Noël de la Grande Guerre, Français et Allemands faisaient la fête dans leurs tranchées, puis étaient montés sur leurs parapets respectifs pour se saluer de loin, jusqu’à ce qu’au matin un officier de l’un des deux côtés donnât l’ordre de reprendre les tirs.

Camille Mallaret en uniforme (en haut à droite) avec deux camarades.

Camille Mallaret en uniforme (en haut à droite) avec deux camarades.

Pendant mon enfance, cet ancien directeur d’école prenait parfois sa Salmson jaune et noire, puis plus tard sa Dauphine blanche, et nous emmenait Pierre et moi voir du pays, parfois avec mémé Zizise (Marie-Louise) qui rendait visite à des cousines. Nous roulions tranquillement pendant quelques dizaines de kilomètres, pour arriver finalement dans un village, dans une cour de ferme, dans une cuisine ou une salle à manger où un autre ancien combattu et lui échangeaient longuement des souvenirs, en buvant du café sur la table couverte de lino, tandis que nous les enfants buvions une grenadine ou de la limonade, en nous ennuyant ferme et en regardant les verres, les soucoupes dans les buffets de bois, sauf lorsque nous avions la chance d’être autorisés à aller voir les animaux dans la cour… Puis finalement on remontait dans la voiture et on rentrait.

Pépé Louis, lui, n’eut pas la possibilité de faire de telles visites…

Louis Dubois avec son fils Jacques.

Louis Dubois avec son fils Jacques.

L’occupation de la Haute-Savoie

Après l’armistice du 22 juin 1940 entre l’Allemagne et la France, complétée le 24 juin par celui entre l’Italie et la France, environ les trois cinquièmes nord et ouest de la France furent occupés par les Allemands d’Hitler, mais au sud-est les Alpes-Maritimes le furent pendant un temps par les Italiens de Mussolini. Toutefois, le 11 novembre 1942, à la suite du débarquement allié du 8 novembre en Afrique-du-Nord, Hitler décida d’envahir la « zone libre » de la France, devenue la « zone sud », tandis que la Savoie et la Haute-Savoie (peut-être parce que, de 1713 à 1792 et de 1815 à 1860, elles avaient fait partie du Royaume de Sardaigne), ainsi que les Basses-Alpes, furent occupées par les Italiens jusqu’à la capitulation de l’Italie fasciste le 8 septembre 1943, où ils furent aussitôt remplacés par les Allemands jusqu’à la Libération le 19 août 1944.

Lors de l’invasion de 1942, le maréchal Pétain n’émit qu’une très faible condamnation de cette violation de l’armistice, revenant en fait à l’accepter.

Résistance et arrestation

Pendant la guerre de 14, l’Italie était alliée de la France contre l’Allemagne [5]. Pépé Louis avait combattu avec les Italiens contre les Allemands, dans les Alpes j’imagine [6]. Il avait alors été décoré sur le front, je ne sais pas au juste pour quelle raison, apparemment pour faits d’armes ou courage, et il s’agissait semble-t-il d’une médaille prestigieuse en Italie [7]. Sous l’intitulé « Blessures, citations, décorations, etc. », son fichier militaire français comporte deux mentions en partie illisibles, indiquant qu’il avait été un brancardier modèle de dévouement, distingué pour avoir « transporté des blessés sous le feu » au cours des « journées d’août 1918 », et qu’il avait été blessé à l’oreille droite le 17 avril 1918.

Un jour, en 1943 apparemment, je ne sais plus pour quelles raisons, pour quel contrôle, Louis Dubois fut convoqué au commissariat, sans doute de Marignier ou peut-être de Bonneville ou Cluses. Selon mon souvenir des récits que j’entendis de cet épisode, il estimait qu’il était tout à fait malvenu de le convoquer, et de l’accueillir de manière humiliante dans cette salle. Dans celle-ci se tenaient plusieurs soldats italiens en uniforme, et mon grand-père aurait eu un comportement étrange : il aurait montré cette médaille, épinglée sur sa poitrine, et demandé combien dans cette pièce portaient celle-ci ‒ et aussitôt, les Italiens qui étaient dans la pièce se seraient mis au garde-à-vous et l’auraient salué car ils estimaient que c’était une décoration glorieuse. Apparemment, cette « bravade » inutile fut ensuite gardée en mémoire par les Italiens et peut-être les Allemands.

J’ignore à partir de quand pépé Louis rejoignit la Résistance, mais ce fut très probablement après l’invasion de la Haute-Savoie. Jamais dans ma famille ne fut mentionné qu’il appartînt à une des organisations de celle-ci, telles que les Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) gaullistes ou les Francs-Tireurs et Partisans (FTP) d’obédience communiste. C’est ce que suggère le Maitron, qui le qualifie de « résistant isolé ». Selon notre père, il se considérait comme un « radical », mais il n’est pas clair s’il était encarté dans le parti portant ce nom. Le parti radical d’alors, des Pierre Mendès-France et Jean Zay, était plus « à gauche » qu’il ne l’est devenu ensuite, mais sur une ligne fort différente de celle du parti stalinien. C’est ce qui explique sans doute les orientations politiques de « gauche modérée » professées par la suite par son fils Jacques et sa fille Paulette. Quoi qu’il en soit, si la guerre de 14 avait fait de lui un « pacifiste », ce n’était pas un « pacifiste bêlant », se tenant à l’écart de la bataille et renvoyant dos à dos agresseurs et agressés [8].

Quant à son activité de résistant, son hôtel servait de « boîte à lettres » pour des messages et communications entre réseaux ou mouvements de la Résistance, et abritait parfois des résistants tentant de se cacher soit des occupants allemands, soit de la police française, soit des deux. Le Maitron ne mentionne pas la première activité, mais lui attribue celle d’« aide et sauvetage », et décrit les actions de la Résistance dans ce domaine comme suit : « De nombreux réfractaires ou personnes entrant dans la clandestinité arrivaient par le train, descendaient souvent à contre voie pour éviter les contrôles de la Gendarmerie, des GMR, de la Milice ou des occupants, avec la ‘bénédiction’ du chef de gare Jean Roux, et étaient ensuite dirigés sur les hôtels ou maisons des sympathisants nombreux dans la commune de Marignier, à l’instar de l’hôtel de Louis Dubois. » Mais pépé Louis avait semble-t-il une fonction plus précise par ailleurs, peut-être comme celle de trésorier de la section locale de la Résistance. Son fils se voyait apparemment confier de temps en temps des courriers qu’il devait transmettre à Lyon où il poursuivait ses études dentaires quand il y retournait : il racontait qu’il prenait soin de laisser sa valise dans un autre compartiment au cas où il y aurait eu un contrôle.

En 1944, Louis fut dénoncé, tout comme le chef de gare Jean Roux selon le Maitron. Dans le récit familial qui m’a été transmis, il le fut par deux frères italiens. J’ignore si cette information est solide, mais selon les récits dont je me souviens, ceux-ci auraient été ensuite exécutés par la Résistance sur un quai de gare de Haute-Savoie.

Ma grand-mère Gueïte disait que c’était la Gestapo qui l’avait arrêté, et selon le Maitron il s’agissait de la Gestapo de Cluses, le 10 mai 1944.

Où fut-il alors emmené ? Le Maitron écrit à ce sujet : « Il fut dirigé sur Annecy et interné à l’école-prison de la Gestapo de Saint-François », où selon le Souvenir Français cantonnaient les SS et les Schutzpolizei, et où des résistants arrêtés par la Gestapo ou, pour beaucoup, par la milice française, étaient incarcérés [9]. C’est dans ce lieu de détention que se déroula une scène qui me fut racontée à plusieurs reprises par mon père et fut extrêmement frappante pour moi dans ma jeunesse, et jusqu’à ce jour.

Selon ce récit, le pépé Louis était interné dans ce bâtiment, mais il pouvait y recevoir des visites, et son fils s’y était rendu. Pour cette visite, Louis avait été sorti de sa cellule, et mis en contact avec son fils debout dans le hall d’entrée du bâtiment, où ils se parlaient semble-t-il sans surveillance étroite. Tous les deux étaient en civil. C’était l’été, et l’un comme l’autre portait des chemises blanches. Des gens allaient et venaient dans ce hall. À un moment, ils se retrouvèrent tous les deux quasiment seuls, à quelques mètres de la porte d’entrée, et sans garde à celle-ci ou à proximité. Le fils aurait alors suggéré à son père qu’ils sortent tous les deux l’air de rien dans la rue, tranquillement, comme s’ils avaient été deux visiteurs. C’est son père qui l’aurait alors retenu, en disant que c’était trop dangereux, et en ajoutant même, ne reste pas là, va-t’en vite, ce qu’il fit. Il avait alors presque 20 ans et devait bientôt être obligé de partir en Allemagne pour le Service de Travail Obligatoire (STO). Peu de temps après, du reste, il se cacha pour ne pas y aller, ce que j’évoquerai ci-dessous.

Je pense que mon père a dû revivre cette scène de quelques secondes toute sa vie à partir de ce moment. En tout cas il me la raconta à plusieurs reprises, de manière très similaire à chaque fois, comme un souvenir traumatique figé qui joua certainement un rôle important dans toute son existence [10] – et je n’hésiterai pas à dire dans la mienne, et probablement dans celle de plusieurs autres membres de notre famille. À ce moment-là, Louis Dubois était emprisonné avec des dizaines d’autres résistants, dont beaucoup n’étaient semble-t-il pas des résistants de premier plan, des chefs, des organisateurs apparemment importants, mais des résistants de base, et apparemment il n’y avait pas d’inquiétude particulière dans notre famille concernant sa vie. Les lettres échangées entre le prisonnier et sa famille dont les textes sont reproduits dans les Documents ci-dessous, qui envisagèrent jusqu’à la fin son retour possible, témoignent en tout cas d’une intention mutuelle de se rassurer, ainsi que d’un souci particulier pour la vie et les tâches quotidiennes de la famille, et pour la santé des proches.

 

Notes

[5] Lire à ce sujet : Michel Levine, « Le nerf de la guerre », Entre les lignes entre les mots, 20 mai 2016, <https://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2026/05/20/le-nerf-de-la-guerre/?jetpack_skip_subscription_popup>.

[6] La proximité géographique m’évoque le récit de Malaparte sur le front des Alpes en juin 1940 dans Le soleil est aveugle, mais il s’agit certainement d’une « fausse association de pensée ».

[7] S’agissait-il de la « fatiche di guerra » <https://it.wikipedia.org/wiki/Distintivo_per_le_fatiche_di_guerra>, ou de la « croce al merito di guerra » < https://www.weitze.fr/militaria/47/Italien_Croce_al_merito_di_guerra_Kriegsverdienstkreuz__493747.html> ? Selon le site « Passion militaria » <https://www.passionmilitaria.com/t26227-les-decorations-italiennes>, un bon nombre de décorations italiennes distinctes furent alors attribuées à des soldats français ayant combattu sur le front italien.

[8] Sans parler de cette incongruïté historique des « trotskistes » qui pendant la guerre tentèrent une fraternisation avec des « travailleurs en uniformes » de la Wehrmacht « non bellicistes », pour beaucoup ex-membres du parti communiste allemand, alors même que dans le maquis, dans les prisons et camps allemands certains staliniens éliminaient non seulement les « trotskistes » mais également les membres du « Parti » qui s’étaient exprimés contre le pacte germano-soviétique (voir par exemple : Roger Pannequin, Ami si tu tombes, Sagittaire, 1976 ; Pierre Broué et Raymond Vacheron, Meurtres au maquis, Grasset, 1997).

[9] Voir : École Saint-François durant la Seconde Guerre Mondiale (WWII) <https://www.ajpn.org/internement-ecole-Saint-Francois-785.html>; Démolition du collège Saint-François : 239 résistants réagissent <https://www.ledauphine.com/haute-savoie/2012/01/19/lettre-du-collectif-des-239-resistants-tortures-et-martyrises>.

[10] Évoquant à cet égard certains « souvenirs figés » bien décrits par des historiens, comme Harald Welzer, Sabine Moller et Karoline Tschuggnall dans Grand-père n’était pas un nazi (Gallimard, 2013).

Le massacre de Vieugy

C’est alors que survint un événement sur lequel je sais peu de choses : un camion qui transportait des soldats de la Wehrmacht aurait été bloqué par la Résistance lors de la traversée d’une forêt en Haute-Savoie, et plusieurs soldats allemands tués. Cela aurait changé la donne pour les résistants emprisonnés, les autorités allemandes ayant décidé d’exécuter des otages en représailles de cette attaque.

La décision fut prise d’en exécuter plusieurs dizaines. Les occupants auraient alors dressé une liste et extrait de la prison un groupe de prisonniers pour les faire monter dans un camion qui devait les emmener au lieu prévu pour leur exécution ‒ mais sur le chemin ce camion fut à son tour arrêté par la Résistance qui avait été informée de ce transport. Le camion fit alors demi-tour, et les prisonniers remis en prison. Le lendemain, un nouveau groupe de 15 prisonniers fut remis dans un camion. Selon le récit qui m’est resté en mémoire, la composition de ce groupe était différente de celui de la veille, le seul otage commun aux deux étant Louis Dubois. Cette fois-ci, le camion ne fut pas intercepté sur la route.

Parti d’Annecy, le camion s’arrêta non loin, auprès d’un pré en pente en moyenne montagne. Les soldats de la Wehrmacht firent descendre les prisonniers sur le bord de la route. Immédiatement, d’autres soldats commencèrent à installer des mitrailleuses, ce qui prend un certain temps. Il s’agissait manifestement de massacrer tous les gens qui étaient là. Selon le récit qui m’est parvenu, qu’aujourd’hui peut-être personne n’est encore vivant pour confirmer ou infirmer, tous les prisonniers seraient restés sidérés et immobiles, sauf un, Louis Dubois, qui serait parti immédiatement comme une flèche, sitôt descendu du camion, et aurait dévalé ce pré. Celui-ci descendait pendant un certain temps, puis arrivait à une haie, après laquelle un deuxième pré continuait à descendre, et ainsi de suite. Le fuyard serait arrivé jusqu’à cette haie et l’aurait franchie, pour continuer peut-être dans le pré suivant. Les Allemands avaient réagi tout de suite, et tandis que certains continuaient à monter les mitrailleuses, quelques-uns le poursuivirent avec des mitraillettes à la main. Ils le rejoignirent après une haie, dans le deuxième ou troisième pré, et l’exécutèrent rageusement sur place. La photo ci-jointe de son cadavre fait partie des archives familiales. Elle fut prise, semble-t-il, par des villageois, qui avaient retrouvé ce corps loin de l’endroit au bord de la route où tous les autres avaient été abattus ensemble. Il est possible que d’autres otages aient essayé de fuir aussi, ou de se battre. Le récit qui m’a été fait venait de la famille Dubois, et était centré sur lui.

Le cadavre de Louis Dubois sur le lieu de son assassinat le 15 juin 1944.

Le cadavre de Louis Dubois sur le lieu de son assassinat le 15 juin 1944.

Ce massacre eut lieu le 15 juin 1944, au lieu-dit Pré Dalle de la « montée de Sacconges » (commune de Vieugy, ex-commune de Seynod, aujourd’hui intégrée à la commune d’Annecy). Selon les sites du Métron et du Souvenir Français, ils étaient 15, dont ces deux sites donnent les noms, incluant celui du chef de gare Jean Roux. Après cette exécution, il y en eut trois autres à Sacconges, au lieu-dit Pesset les 18 juin et 16 juillet, puis de nouveau au Pré Dalle le 10 août 1944. Au total, 40 résistants, tous des hommes, furent assassinés lors de ces fusillades sauvages, à quelques semaines de la libération de la Haute-Savoie. Je n’ai connaissance d’aucune information selon laquelle les responsables et exécutions de ces tueries aient ultérieurement été identifiés et aient fait l’objet de procédures judiciaires.

Pendant la guerre, Jacques Dubois avait suivi des études de chirurgien-dentiste à l’école dentaire de Lyon, où il rencontra Suzanne Mallaret, fille de Camille, qu’il épousa juste après la guerre. Dans les semaines qui suivirent l’assassinat de son père, il quitta Lyon pour Marignier, pour se cacher à l’hôtel du Mont-Blanc et échapper au STO. Il en fut de même pour Pierre Cressier, époux de Paulette Dubois, qui habitait alors Paris où il était pompier. Or soudainement, un jour, un groupe d’Allemands en armes, probablement de la Wehrmacht, encercla l’hôtel pour le fouiller, apparemment à la recherche de résistants. Entrant dans l’établissement, le chef de ce détachement tomba sur Gueïte, qui était encore en pleurs ‒ qui en fait le resta quasiment en permanence jusqu’à sa mort en 1970. Celle-ci était bouleversée de voir revenir les Allemands, alors que son fils et son beau-fils se cachaient dans l’hôtel.

Pierre Cressier en uniforme de pompier parisien.

Pierre Cressier en uniforme de pompier parisien.

Face à cette détresse, l’officier en charge du groupe lui demanda qui avait arrêté et fusillé son mari, et elle dit simplement un mot, Gestapo. Le chef de ce détachement réagit en disant, dans ces conditions nous n’allons pas fouiller l’intérieur de l’hôtel, mais uniquement les dépendances, ce qui était une manière de dire, s’il y a des gens cachés dans l’hôtel, on ne les inquiétera pas. Or Jacques Dubois et Pierre Cressier, quand ils avaient vu arriver les véhicules, n’avaient pas eu le temps de s’échapper car l’hôtel était encerclé, mais s’étaient réfugiés dans le jardin derrière l’hôtel, qui était assez vaste. Ce jour-là, il y avait dans ce jardin un grand plant de haricots grimpants, accrochés sur des tuteurs, qui formaient une végétation assez dense et haute. Les deux jeunes hommes se cachèrent au sein de ces plantations, où ils s’accroupirent. Selon le récit de mon père, ils virent arriver deux officiers qui devisaient et qui, arrivés à leur niveau, apparemment très pris par leur conversation, s’arrêtèrent à quelques mètres d’eux. Mon père disait, on était immobiles, et on voyait leurs bottes et leurs uniformes devant nous, et il lui paraissait assez invraisemblable qu’ils ne les aient pas vus. Les deux officiers repartirent finalement sans les avoir vus, ou sans le montrer, et ils ne furent pas pris.

Très peu de temps après, mon père alla dans le maquis rejoindre la Résistance. C’était quelques semaines seulement avant la fin de la guerre, mais il participa pendant celles-ci à l’activité de la Résistance dans les forêts, et même à des combats. Il avait même échappé à la mort lors d’un affrontement armé. Sans formation militaire ou habitude du combat, il avait été affecté comme serveur à un résistant tirant à la mitrailleuse, derrière des sacs de sable : il tenait les cartouchières qui devaient passer dans la mitrailleuse pour tirer des rafales de balles. À un moment, il avait laissé tomber sa cartouchière, et s’était baissé pour la ramasser. Une rafale était alors passée juste au-dessus des sacs de sable, qui l’aurait fauché s’il n’avait pas été penché. C’est le récit le plus précis qu’il m’ait donné de son action dans la Résistance. Mais il est vrai qu’à l’époque on ne posait pas facilement des questions…

Le 18 août 1944, un nouveau camion transportant une dizaine de nouveaux condamnés destinés à être fusillés dut faire demi-tour dans la montée de Sacconges, car la route était barrée par des chênes coupés par les villageois et la Résistance qui encerclait Annecy. Le 26 août 1944, à la suite de la découverte de 80 autres résistants prisonniers fusillés et brûlés à Saint-Genis-Laval, l’état-major de la Résistance dans la région donna l’ordre au préfet de Haute-Savoie et au comité départemental de Libération de fusiller 80 Allemands, ordre qui, malgré une démarche inaboutie de la Croix Rouge Internationale, fut exécuté ‒ ce qui selon la Résistance permit de stopper les exécutions sommaires et de sauver les quelque 1200 résistants qui subsistaient dans les prisons de la Gestapo à Lyon.

Juste après la Libération, un résistant proposa à notre père de « se venger » en allant « descendre » dans la prison un soldat (italien ou allemand ?), ce que bien sûr il refusa de faire. On connaît les horreurs perpétrées à la Libération par certains résistants vis-à-vis de collaborateurs ou supposés tels, ou de femmes accusées d’avoir eu des relations avec des Allemands, mais je n’ai pas souvenir d’autres exemples comme celui-ci, où la notion barbare de « vengeance » personnelle se substitue celle de justice ‒ que l’on retrouve malheureusement bien vivante aujourd’hui, non seulement de la part d’individus mais encore d’États…

Après le massacre

Louis Dubois fut déclaré « mort pour la France » le 24 juin 1945, homologué « Résistance Intérieure Française » (RIF) et « interné résistant ». La médaille de la Résistance lui fut décernée par décret en date du 19 août 1953.

Son nom figure sur le monument aux morts de Marignier et sur le monolithe de granit commémoratif des 40 fusillés de Sacconges érigé en 1948 à Vieugy grâce à une souscription publique, auquel en 2004 une nouvelle stèle explicative fut ajoutée. Selon le Maitron, une plaquette d’information est disponible en mairie de Seynod. Le site internet de la mairie de Marignier ne mentionne ni le massacre de Vieugy ni les noms de Louis Dubois et Jean Roux, mais on trouve en page 10 du N°5 d’octobre 2015 d’Imagine, le magazine d’information municipal de Marignier, les phrases suivantes concernant la guerre : « Pendant ce temps, le club de foot est mis en sommeil, et paie d’ailleurs un lourd tribut à la guerre et à la résistance en perdant 5 de ses joueurs : Édouard Mauris-Demourioux, Roger Bouverat, Louis Rech, Louis Dubois et André Pernollet. Le club et la commune de Marignier ne les oublient pas. »

Le monolithe de Vieugy commémoratif des 40 fusillés de Sacconges (source : « Le Souvenir Français »).

Le monolithe de Vieugy commémoratif des 40 fusillés de Sacconges (source : « Le Souvenir Français »).

Pépé Louis disait à ses enfants qu’il s’était battu contre les nazis, pas contre les Allemands, et, respectant sa pensée partagée par sa famille, sa tombe porte la mention : « Fusillé par les nazis ». Aurait-il apprécié d’être qualifié de « patriote », de « mort pour la France », qualificatifs prisés aussi bien par la bourgeoisie, même « de gauche » [11], que par les staliniens, je n’en suis pas certain. Il me semble qu’il aurait préféré être considéré comme combattant pour la liberté, l’égalité, la solidarité, la justice, sans référence à l’idée de nation.

 

Note

[11] Cette semaine par exemple, un candidat à l’élection pestilentielle de 2027 à la présidence bonapartiste de la Ve République déclarait : « J’ai envie de me battre pour la France. (…) Si nous n’avons pas un discours sur la France, si nous ne sommes pas capables de mener la bataille du patriotisme contre l’extrême droite, si nous ne sommes pas capables de montrer que nous avons, nous, plus de passion française, plus de fierté française, plus d’agenda de souveraineté pour notre pays que les patriotes de pacotille de l’extrême droite, nous perdrons ces élections comme nous avons perdu toutes les autres. » <https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-27-mai-2026-9456912?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-05-27&at_position=1>.

 

 

La tombe de Louis et Marguerite Dubois à Marignier (source : <https://www.geneanet.org>).

La tombe de Louis et Marguerite Dubois à Marignier (source : <https://www.geneanet.org>).

Mon père disait toujours qu’il considérait Pétain comme le responsable de la mort de son père, en s’étant tu lors du franchissement de la ligne de démarcation par les armées allemande et italienne. Il pensait que, sinon, il aurait dû être considéré comme un combattant légitime en armes, se battant contre la violation d’un texte officiel, l’armistice de 1940, et n’aurait pu faire l’objet d’une exécution sommaire comme « terroriste ». Cette analyse pêche certainement par une certaine naïveté quant au respect que les nazis d’Hitler, tout comme aujourd’hui bien d’autres gouvernants de notre planète, pouvaient avoir pour l’État de Droit, les textes juridiques et les traités internationaux, mais elle a le mérite de se situer sur un terrain autre que le ressenti brut immédiat face à la souffrance.

Comme beaucoup de Margnerands, pépé Louis était un pratiquant assidu de boule lyonnaise, un sport international exigeant, à ne pas confondre avec la pétanque. Un terrain de lyonnaise était aménagé le long d’un des côtés de l’hôtel du Mont-Blanc, où il a subsisté jusqu’à la destruction de ce dernier à une date qui m’est inconnue. C’est là que mon frère et moi avons appris à jouer à la « longue ». Ceci explique qu’après la guerre plusieurs clubs boulistes de la vallée de l’Arve aient créé un concours annuel de quadrettes, le « challenge Louis Dubois », auxquels les membres de ces clubs étaient invités à participer chaque année, l’équipe gagnante emportant la statuette au siège de son club et revenant la mettre en jeu l’année suivante. Ce challenge, qui se déroulait à l’hôtel du Mont-Blanc, se maintint pendant plusieurs dizaines d’années. Mon père, qui était très habile à la lyonnaise, surtout comme tireur, et gagnait régulièrement des concours, ne le remporta que tardivement. Peu après, le nombre de joueurs ayant connu Louis Dubois diminuant, son caractère d’« hommage » se réduisant, et la charge lourde de son organisation pesant sur un groupe réduit de personnes, surtout mon père et sa sœur, il fut mis fin à celui-ci.

 

La quadrette de Jacques Dubois (portant la statuette) après sa victoire au challenge Louis Dubois le 19 août 1962.

La quadrette de Jacques Dubois (portant la statuette) après sa victoire au challenge Louis Dubois le 19 août 1962.

Après la guerre, mon père fut déclaré pupille de la nation, ce qui lui permit de terminer ses études dentaires. À l’école dentaire, il était un bon élève, très adroit et sérieux, et avait été remarqué par un de ses enseignants, le professeur Gerson, qui était juif, mais avait réussi, je ne sais comment, à traverser la guerre tout en restant en fonction. Celui-ci prit mon père, fils d’un fusillé pour résistance au nazisme, sous son aile, et l’aida à s’installer comme dentiste dans le quartier des Halles à Paris, d’abord comme employé puis comme associé d’un dentiste plus âgé, Albert Cordier, qui était une pâte d’homme, dont il reprit le cabinet dentaire après sa retraite. Jusqu’à sa mort, le professeur Gerson resta un ami de mon père.

En guise de conclusion provisoire

Les livres d’histoire sont remplis de listes de morts lors des guerres du 20e siècle, et de telles listes sont gravées sur les monuments aux morts de quasiment tous les villages et de toutes les villes de France. Bien qu’elles soient incomplètes, ne recensant pas les amputés, estropiés, défigurés, aveugles et divers autres blessés et malades mentaux qui furent encore bien plus nombreux, cette profusion est impressionnante. Elle attire l’attention sur la monstruosité de ce siècle d’Auschwitz et Hiroshima, qui toutefois risque bien d’en céder au siècle en cours, encore loin d’avoir livré toutes ses horreurs. On dit souvent à juste titre que ces listes, ces nombres sont « abstraits » et ne parlent pas à l’esprit. Effectivement, ces millions de noms individuels sont non seulement inaccessibles à l’imagination, mais ils ne traduisent pas le fait que ce sont en fait des millions de familles, donc bien plus de gens encore, qui ont été traumatisés en profondeur par ces morts prématurées et par les conditions inacceptables de ces assassinats, blessures et tortures, et en sont donc également des victimes. Les deux échelles des statistiques historiques et des ressentis des victimes, directes et indirectes, sont incommensurables. Pourtant les deux sont nécessaires pour tenter d’appréhender la réalité de ces faits. Le texte ci-dessus, qui comme bien d’autres s’appuie en partie sur les témoignages de personnes ayant vécu les événements et de celles à qui elles les ont racontées, traduit l’incertitude de la mémoire individuelle, cette salope prénommée Madeleine : non seulement elle efface, mais, ce qui est peut-être pire, elle invente et remplace, et ensuite elle n’en démord pas. Pour qui souhaite savoir de manière la plus fidèle possible « ce qui s’est réellement passé », il est indispensable de s’appuyer également, autant que faire se peut, sur le travail des historiens, qui non seulement ont recueilli des récits, mais ont aussi retrouvé et analysé des documents, textes, actes administratifs, iconographie… Et bien entendu, plus le temps passe, plus les témoins directs ou leurs proches disparaissent, plus ces « témoignages matériels » prennent du poids ‒ mais eux aussi peuvent être incomplets et trompeurs. Tant que certains sont encore en vie, il est donc utile de recueillir leurs souvenirs, qui ne pourront plus être « corrigés » par la suite. C’est en partie ce qui a motivé ma démarche trop tardive pour la rédaction de ce texte imparfait, qui laisse encore, et sans doute définitivement, bien des questions sans réponses.

L’un des phénomènes les plus étonnants, concernant les innombrables massacres qui ont émaillé toute la deuxième guerre mondiale, comme bien d’autres conflits jusqu’à nos jours, est le fait fréquent que, alors qu’on est manifestement en train de préparer leur assassinat collectif, par exemple en leur faisant creuser des fossés où ils vont être jetés en vrac après avoir été fusillés ou exécutés d’une balle dans la nuque, il est assez rare, ou même très rare, que les gens visés se révoltent et tentent de s’enfuir ou se jettent, par exemple, sur ceux qui vont les assassiner dans les minutes qui viennent, même si c’est à mains nues et avec effectivement comme perspective d’être tous ou presque tués, mais alors qu’il est manifeste que c’est ce qui les attend de toute façon s’ils ne font rien. Et certes on peut toujours se dire, quand on est spectateur, comme nous, de loin, pas du tout dans cette situation, que, entre la certitude d’être assassiné et l’espoir, même extrêmement faible, qu’en cas de révolte désespérée au dernier moment, soit en se jetant sur les exécuteurs, soit en tentant de s’enfuir, il y ait deux ou trois survivants « miraculeux » ‒ comme lors de la liquidation du ghetto de Varsovie ou de révoltes dans les camps d’extermination nazis par exemple ‒, il est étonnant que le plus grand nombre ou la totalité des victimes ne bougent pas. Cette « passivité » traduit-elle de leur part un espoir invraisemblable, caché quelque part dans les entrailles du destin, qu’il puisse se produire soudainement un « miracle », arrivant du ciel ou de la terre, qui va interrompre le processus déjà presque arrivé à son terme ? Ou plus simplement d’une sorte d’engourdissement, de paralysie devant l’impossible, de « fascination » comme celle de la souris face au serpent, ou du petit enfant face au pédophile. Apparemment, il y a des individus sur lesquels cela ne fonctionne pas, ou pas toujours. Seules quelques personnalités, peut-être des esprits plus habitués que d’autres à penser par eux-mêmes au lieu de suivre la majorité, le courant, le consensus, la mode, la loi, les chefs, ou tout simplement le redoutable « bon sens », semblent capables de prendre en quelques secondes la décision qui les amènera à ce comportement « irrationnel » susceptible, dans un nombre infime de cas, de leur permettre d’échapper à l’« inéluctable ». En tout cas, le destin d’un homme n’existe qu’après son décès, et est silencieux avant [12]. Le 15 juin 1944, il semble clair que Louis Dubois n’a pas accepté le destin qui lui paraissait imposé, et a tenté d’y échapper. Qu’il n’y soit pas parvenu n’a absolument rien d’étonnant, mais son acte force l’admiration et le respect.

Ceci dit, l’héritage transmis à toute sa famille, surtout la plus proche, par son assassinat abject, fut très lourd, et pesa sur nous tous pendant toute notre vie. Cela mérite plus ample examen, ce que je me propose de faire ultérieurement.

 

Note

[12] À la lecture de cette phrase, Pierre me rappelle la phrase de Malraux qui ne m’avait pas frappé lors de ma lecture de La condition humaine (Gallimard, 1933) il y a bien longtemps : « La tragédie de la mort est en ceci qu’elle transforme la vie en destin ».

 

Remerciements

Merci à Pierre, Lison et Annemarie, ainsi qu’à Dominique Diéterlé, René Sagueton, Laurent Gutierrez et Olivier Delbeke, pour les commentaires, informations et documents qu’ils m’ont fournis.

 

Alain Dubois

29 mai 2026

 

Documents

Toutes les photos sauf une qui illustrent ce texte sont issues des archives de la famille Dubois. Les textes ci-dessous ont été transcrits par mes soins à partir de documents manuscrits, pour la plupart au crayon sur de petites feuilles blanches ou quadrillées, en corrigeant l’orthographe lorsque nécessaire mais en respectant le vocabulaire et la ponctuation originales.

 

Document 1. Lettre de Marguerite Dubois (Gueïte) à son mari Louis emprisonné à Annecy

Marignier. Vendredi.

Mon chéri,

Tout d’abord te dire que depuis 2 jours notre Jacques est là. Il est arrivé mercredi de Lyon en vacances pour l’Ascension. Inutile de te dire que la nouvelle de ton arrestation l’a plongé autant que tout le monde dans la stupeur, mais comme tous il ne doute pas que tu ne tardes bientôt à être de nouveau parmi nous puisque tu n’as absolument rien à te reprocher. Pour moi mon chéri c’est ton état de santé qui me fait le plus de souci, toi qui as tant besoin de soins et de régime, et sans cesse je me demande comment tu supportes ce dur changement. Je te sais pourtant très courageux et sais que tu supporteras vaillamment ces quelques mauvais jours. Car nous ne doutons pas que tu nous sois bientôt rendu. Le principal est que tu subisses au plus tôt un interrogatoire. Demain le Maire de Marignier va à Annecy avec les enfants, et fera parvenir les certificats de Docteur attestant ton état de santé, ainsi nous pensons que cela activera les formalités.

Au sujet d’ici, nous faisons pour le mieux quoique tu nous manques bien. Heureusement le commerce est calme. Pour le jardin et les champs, tranquillise-toi. Nous avons pris Genton et avec Jacques ils ont déjà fait une partie du jardin. Le carré de poireaux est retourné et les haricots sont plantés. Cet après-midi ils désirent aller au champ pour faire les moissons mais il pleut. Gonnet a apporté les plants de tomates, enfin de ce côté ne te fais pas de souci.

Du côté famille ça va. Mon état de santé est un peu meilleur, Claude est remis de sa bronchite et est retourné courageusement à l’école. Jacques est avec nous pour quelques jours. Mémé n’arrête pas et comme je suis toujours fatiguée elle a assez à faire avec tout ce petit monde. Quant à Pierre et Paulette ils nous sont arrivés dans un état pas très brillant. Pierre souffre toujours un peu de ses reins, heureusement qu’il a un mois de convalescence, mais Paulette a été très secouée par une crise nerveuse après ce terrible bombardement du 18ème. Figure-toi qu’une bombe est tombée à côté de chez eux comme de chez nous à la gare et elle ne voulait pas nous en causer dans ses lettres mais ça a été terrible et cela pendant 2 heures de temps. De plus elle est également fatiguée par des petits ennuis et le docteur doit la visiter demain. Après un mois ½ de mariage ce n’est guère brillant et encore heureusement qu’ils sont parmi nous.

Dis-nous bien mon chéri, tout ce qui te manque. Demain les enfants te porteront un colis. Ils viennent d’aller au tabac, Paulette te fait des petits gâteaux, tante Thérèse va donner de la confiture, eux aussi ont été bien frappés et viennent nous voir tous les jours. Mardi ils y retourneront et espèrent avoir le bonheur de te voir.

Je te dis bon courage et à bientôt. Je t’embrasse bien bien tendrement et des gros baisers des enfants et de Mémé. Donne ton linge sale.

Ta Marguerite.

 

Note additionnelle de sa mère (la Gangan)

Mon cher Louis,

Prenez courage, nous pensons tout le temps à vous. Il n’y a que trois trains par semaine, sans cela les enfants viendraient vous voir chaque jour. Ils font tous ce qu’ils peuvent pour obtenir délivrance.

Je vous embrasse bien fort,

Mémé.

 

Document 2. Lettre de Louis Dubois emprisonné à Annecy à sa femme Gueïte

Ma petite femme chérie,

D’abord te dire qu’avec ta manière de tout voir au pire ne crois pas que rien n’ait pu influencer ma décision et aucune idée ou bruit laissant supposer que cela soit nécessaire, mais ma petite chérie j’aime mieux le faire.

Il m’arrive dans mes heures d’insomnies de penser à tout cela et il me semble qu’une fois cette lettre en ta possession, je serai plus tranquille.

À mon idée, je crois que nous servons plutôt d’otages que d’autre chose, et on ne sait pas ce que nous réserve l’avenir.

Il se peut que l’on me lâche sous peu, ou me garder jusqu’à la garde. Il y en a parmi nous qui, depuis plus de 100 jours, attendent un interrogatoire problématique. Cette semaine on n’a personne lâché, au contraire, cela se remplit d’une manière formidable.

Tous les pontes des Ponts et Chaussées, un ingénieur, sont avec moi. Le Docteur Jacques en est aussi, etc… etc…

C’est ce qui me donne à penser que c’est pour eux une garantie. Alors pour le moment, je ne crois pas que nous craignons quelque chose. Mais tu sais, on ne peut rien prévoir. C’est pour cela que je veux prendre ces dispositions. Mais je t’en prie, sois sage, et ne verse pas des larmes qui n'ont aucune raison d’exister ; tu as déjà les yeux assez abîmés sans qu’ils le soient encore pour moi. De mon côté, c’est sans souci que j’envisage l’avenir, avec la certitude que l’on se disputera encore de bonnes fois. Quoique ce soit du rabiot, crois bien que j’ai encore envie qu’il dure.

Demain je donnerai cette lettre à Paulette et je pense aussi trouver une combinaison pour t’en faire parvenir quelques-unes en te donnant également la manière de me répondre.

Je t’aime bien ma grosse, et espère bientôt te prendre dans mes bras.

Embrasse tous les gosses pour moi.

Ton vieux,

Louis.

 

Document 3. Petit mot de Jacques Dubois (Jacqui) passé à son père Louis lors d’une visite à la prison d’Annecy

Mon papa chéri.

Sommes à Annecy avec le maire, nous avons tous les papiers et allons les faire transmettre, et nous espérons que tu seras interrogé au plus vite. Nous t’avons apporté un colis et une lettre. Dis-nous si tu as besoin de quelque chose. Attendons réponse.

À la maison tout va bien.

Meilleurs baisers.

Jacqui.

 

Document 4. Petit mot de Louis Dubois en réponse au mot précédent

Je n’ai besoin de rien en tant linge. J’ai donné une lettre ce matin au bureau.

Remercie bien monsieur le Maire et espérons à la réussite.

Je t’embrasse bien fort du fond de mon trou.

Ton papa.

 

Document 5. Lettre de Louis Dubois emprisonné à Annecy à sa femme Gueïte

Jeudi.

Je viens de voir Thérèse qui m’a apporté votre colis et ta grande lettre.

Remercie bien tout ceux qui participent à mon ravitaillement. Pour moi ne te fais pas de soucis. Je fais très attention et ne souffre pas de mon estomac. Ta grande lettre me cause une grande joie, et aussi un peu de peine de savoir que Paulette et mon petit Coco étaient là et de n’avoir pu les embrasser.

Enfin supportons tout cela avec courage. Comme je te le dis en tête j’ai vu Thérèse 2 à 3 minutes. Les visites sont supprimées le Mardi officiellement. Et on a plus de chance les autres jours surtout vers 2 à 3 heures quand les officiers sont partis. Mais c’est bien aléatoire et une question de chance surtout. Tout ce que tu me dis je les ai vus. D’ailleurs hier je t’ai fait un mot à ce sujet. Thérèse m’a également remis un certificat de santé. Je vais réfléchir si je me fais porter malade. Je te tiendrai au courant de ma décision.

Pour chez nous je vois que vous faites tout comme il faut. Mes deux grands sont bien braves. Que pense faire Jacques. Je disais hier de voir au Giffre, qu’il pense à tout ça. Je viens de causer à Roux. Je vais donc envoyer une lettre à ce sujet au Capitaine. On verra bien le résultat. Je pense que vous avez averti St Jeoire. Dans ma cagna j’ai comme nouveau pensionnaire Longchamp Boucher Nestor et en face Mermoux aussi.

Et toi ma petite chérie je vois que c’est long. Soigne toi bien et ne viens pas faire un si long voyage tant que tu n’es pas vraiment remise. Faut quand même espérer que cette situation ne s’éternise pas et que c’est moi qui le ferai dans le bon sens. Garde tout ton courage et bon espoir. Embrasse toute la maisonnée bien fort. Je te serre bien fort dans mes bras.

Ton Louis.

Mettez moi papier et enveloppe. Rien comme linge ces jours.

 

Document 6. Lettre de Louis Dubois emprisonné à Annecy à sa famille, la veille de son exécution, sans doute avant son premier départ en camion

Le 14 Juin 1944.

Mes chéris.

Voilà bientôt une semaine que je n’ai pas de vos nouvelles. Cela depuis la visite de Tante Thérèse. Cela est sans doute dû à notre changement de cantonnement. De mon côté sois sans inquiétude, ça va toujours. Je suis avec Roux. À ce sujet, il pense que sa femme va être obligée de déménager. Dans ce cas, comme il a beaucoup de souci pour ses meubles, arrangez-vous avec sa femme pour lui céder le 15 et le 16 pour déposer ses meubles. Pour moi si vous restez quelques jours sans nouvelles ne vous faites pas de souci.

J’espère que tout va bien à la maison. Il faudrait peut-être penser à faire rentrer de la sciure. Que Jacques veille au Doryphore aux pommes de terre.

La pompe est chez Zuki dans son garage et à la cave il doit rester de l’Arsenic de Plomb. Pour l’impôt métal qu’il réunisse tout ce qui traîne comme cuivre à la cave, poignées de portes etc., et il faut prendre [illisible]. Pour le restant je vous en laisse le soin. J’espère que mon petit Coco est toujours sage et que Pierre a obtenu une nouvelle convalescence. Et toi ma petite femme vas-tu mieux et es-tu entièrement guérie. Vois encore le Docteur pour ta tension et soigne-toi bien car il ne serait pas le moment que tu viennes à être obligée de garder le lit.

Embrassez bien chez mon frère, et pour vous tous gardez toute ma tendresse et tendres baisers.

Louis.

Un gros bécot à mon petit Coco. Je mets le couvercle de ma potion, faites-en prendre et je vous signalerai où me l’adresser.

 

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